«Tueur de la gare de Perpignan»: une deuxième semaine de procès éprouvante

«Je ne pourrai pas raconter. C’est trop dur», avait prévenu Jacques Rançon, lundi, au cinquième jour de son procès. Celui que les enquêteurs ont surnommé «le tueur de la gare de Perpignan» avait démarré la semaine par des excuses. «Je demande pardon. Moktaria et Marie-Hélène n’auraient pas dû mourir. Ce que j’ai fait est très grave. Je ne sais pas dire pourquoi j’ai fait ça», déclarait-il devant la cour. Depuis le 5 mars, il est jugé devant les Assises des Pyrénées-Orientales pour le meurtre de ces deux jeunes filles retrouvé violées et atrocement mutilées à la fin des années 1990. Un peu plus tôt, Jacques Rançon s’était aussi excusé auprès de Meryl Foulonneau, présente à la barre. En septembre 1998, il l’avait pris en chasse en voiture avant de la percuter et de tenter de l’en faire sortir.

Plongée dans l’horreur des crimes

Jacques Rançon s’est finalement décidé à parler. Mardi et mercredi, il a relaté, en détail, devant les juges, les avocats et les parties civiles, le meurtre de Moktaria Chaib, une étudiante de 19 ans dont le corps a été retrouvé le 20 décembre 1997. Elle était sa première victime. «Je l’ai découpée. J’ai mis les morceaux dans un sac, je l’ai jeté dans une bouche d’égout. Et je suis rentré à l’hôtel» a-t-il raconté. Pour expliquer son geste, Jacques Rançon parle de «panique». Le lendemain, il détaillera cette fois le meurtre de Marie-Hélène Gonzalez, retrouvée éviscérée, tête et mains tranchées, le 22 juin 1998.

La rage face à l’incompréhension

Rien n’a été épargné aux familles des victimes. Les détails des crimes mais aussi les photos des corps mutilés sont projetés durant les audiences. Mercredi, l’audience a été particulièrement pesante. La description des sévices subis par Marie Hélène, cette jeune auto-stoppeuse de 22 ans, est insoutenable. Lors de la suspension de séance, les deux frères de la victime ont tenté de s’en prendre à Jacques Rançon. L’un d’eux a essayé de le saisir par le cou en passant son bras à travers une ouverture du box qui abrite l’acusé, avant d’être rapidement maîtrisé par les policiers.

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Jeudi, un autre incident a perturbé le procès. Devant les juges, et pendant cinquante minutes, Sabrina, une autre victime, a détaillé son calvaire, ce 9 mars 1998. Dans un débit extrêmement rapide, entrecoupé de sanglots, elle a raconté comment l’accusé lui a assené deux coups de couteaux, la laissant pour morte. Elle a évoqué le traumatisme, les séquelles psychologiques et physiques comme cette cicatrice de 32 centimètres sur son ventre. «J’ai la haine. Je vous souhaite que du malheur», a-t-elle lancé à l’attention de Jacques Rançon, avant que ses nerfs ne lâchent. La jeune femme sera prise en charge par la sécurité civile et évacuée de la salle.

Mardi, l’audience a laissé place au témoignage poignant de Sabine, la meilleure amie de Moktaria Chaib, première victime de Rançon. «C’était quelqu’un de bien, on avait des projets, un avenir ensemble, on avait des rêves. On était à rien d’y arriver. Jusqu’au jour où…», a déclaré Sabine, en fixant l’accusé. La jeune femme, venue témoigner, a redonné vie à son amie, suscitant une forte émotion. Sur les écrans de l’audience était diffusé le visage de la victime, filmée lors d’une fête. Un instant de vie dans l’horreur de ce procès.