STOP AUX CAMIONS TUEURS !

Le journalisme, quelle noblesse ! Quel sacerdoce ! Mais alors quel dévouement ! Mieux, un don de soi. Ainsi, Abou Mamadou Sy, Ousmane Ndiaye et Yoro Mamadou Diallo, trois jeunes vaillants soldats de l’information sont tombés sur le champ de l’honneur. Soudain, l’horreur. Nos confrères du groupe Leral ont perdu la vie dans un accident sur le dangereux axe Tambacounda-Kédougou alors qu’ils assuraient la couverture de la tournée économique du président de la République. Morts en mission. Et à la tâche. Loin des douillettes salles de rédaction. Morts sur le terrain. Ce terrain qui donne sens au métier de journaliste et qu’il ne doit jamais quitter. En Abou, Ousmane et Yoro la presse et le Sénégal tout entier perdent trois promesses pour demain. Dieu fasse que leur disparition cruelle ne passe pas par pertes et profits. Qu’ils ne soient pas sacrifiés, comme d’autres avant eux, sur l’autel de nos incuries.

Dieu ? Oui Dieu ! Mais, aide-toi, et le Ciel t’aidera. Les circonstances de la mort des trois jeunes reporters sont rageantes. Et au-delà de cette rage difficilement supportable, le temps doit être à l’action. L’action réfléchie et paramétrée. Agir par tous les moyens : humains, financiers, matériels et moraux pour mettre les camions tueurs hors d’état de nuire. Peu importe que ces gros porteurs soient maliens, sénégalais ou chinois. Ils sèment la mort sur nos routes, à l’image du gros pneu fou qui s’est détaché du camion pour aller heurter le véhicule de reportage de Leral. La seule réalité qui compte donc est qu’ils tuent abondamment en campagne comme en ville.

Ces camions n’abrègent pas que la vie des journalistes. Le même jour de l’accident mortel des confrères, un autre mastodonte a écrasé jusqu’à ce que mort s’en suive un jeune de la ville de Gandiaye, situé à environ 25 km de Kaolack. Un deuxième qui arrivait derrière à vive allure est passé sur le corps sans vie de la victime, témoignent les habitants qui n’avaient que leurs yeux pour pleurer et que des pneus pour brûler au milieu de l’asphalte. Les pauvres populations de Gandiaye régulièrement endeuillées, pour ne pas dire de manière permanente, nous déclarent avoir enregistré pas moins de 30 morts du fait des dangereux camions et autres bus. Gandiaye est aujourd’hui tristement peuplé de veuves, veufs et orphelins. Les ralentisseurs et dos d’âne réclamés par tout Gandiaye et environs sont restés lettre morte, sous le prétexte servi par les pouvoirs publics, que la loi sur la RN (Route nationale) ne l’a pas prévu. Et pourtant cette même loi interdit aux camions de circuler à certaines heures. Il faudrait plutôt des dos de chameau au regard de la profondeur du mal. STOP.

Les statistiques donnent froid dans le dos. Un officier supérieur de nos forces de défense et de sécurité laisse entendre que près de mille camions lourdement chargés empruntent quotidiennement l’axe routier Dakar-Bamako via Kaolack et Tambacounda. Ahurissant comme chiffre. On en est estomaqué !

« Notre métier, parlant du journalisme, n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ». Paraphrasant le célèbre reporter anglais Albert Londres, il n’est que temps pour le Sénégal, ses gouvernants au premier chef, de comprendre que la grosse plaie du pays aujourd’hui est bien L’INSÉCURITÉ ROUTIÈRE. Et la priorité absolue parce que priorité des priorités, c’est la réhabilitation du chemin de fer et sa densification. Tant pour les lignes intérieures que les lignes extérieures synonymes d’intégration, allant de Dakar à Djibouti en passant par Bamako.

Un nouvel Ordre de Priorités ou une Réorientation des Priorités s’impose d’urgence. Certes, la politique des infrastructures routières, avec des voies à la hauteur de nos ambitions, doit être poursuivie et accentuée compte tenu du retard accusé sur près d’un siècle. Mais l’accent doit être davantage mis sur le ferroviaire, l’aérien et le maritime. Après la terre, le temps est venu de conquérir le fer, la mer et les airs. En un mot : battre le fer quand il est chaud.

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