Sénégal:l’Enseignement en saignement!

 

Oui le système éducatif « saigne » car blessé et torpillé de toute part. La crise est multiforme et multidimensionnelle et chaque acteur y a sa part de responsabilité, mais dans ce qui suit, on mettra d’abord l’accent sur celle de l’Etat.

En prélude de l’analyse du secteur, il est nécessaire de faire quelques rappels historiques et législatifs:

L’article 26 de la déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948 stipule le droit à l’éducation pour tous.
Ce droit est transposé dans le Sénégal indépendant par la loi n 71-36 du 3 Juin 1971 portant orientation de l’éducation nationale, qui stipule en son article 3 que l’Etat garantit aux citoyens la réalité du droit à l’éducation.
Elle est génitrice des lois 91-22 du 16 Fevrier 1991 et 2004-37 du 15 Décembre 2004. Cette dernière rend la scolarité obligatoire pour les enfants de 6 à 16 ans.
L’Etat s’est aussi engagé à une éducation pour tous, volet central issus des objectifs du millénaire pour le développement(OMD).
La version stratégique de l’Education nationale est aujourd’hui définie dans le programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (PAQUET) 2013-2030.

Ce petit rappel permet en effet de pouvoir juger l’Etat par rapport à ses engagements et obligations et d’identifier sa part de responsabilité sur la situation actuelle du système éducatif.

Commençons par la base autrement dit le préscolaire: le taux brut de pré-scolarisation est inférieur à 20% et seul un tiers des enseignants sont formés, autant dire qu’on en est au balbutiement et que tout est à faire.

Au niveau du primaire: on note un taux de scolarisation brut qui avoisine 90%! Oui à première vue c’est un excellent chiffre mais l’envers du décor c’est le taux d’achèvement qui est d’environ 60%. Eh oui en cours de route le « bus scolaire » a laissé en rade beaucoup de nos enfants. Est ce cela l’Education pour tous dont se vante l’Etat? Pire à peine 60% des écoles primaires ont accès à l’eau!

Dans le cycle fondamental le taux d’achèvement dégringole à moins de 40% pour terminer par un taux d’accès à l’enseignement supérieur inférieur à 15%!
Ceux qui auront la chance de faire le cycle supérieur, feront face à un autre adversaire redoutable qu’est le chômage.
D’ailleurs Son taux est d’autant plus élevé que l’on est instruit! Quel paradoxe pour un pays qui veut émerger!

Les disparités hommes-femmes traduisent également d’autres tares de l’éducation au Sénégal. En effet le taux d’accès à l’éducation pour les filles, diminue avec le niveau de l’enseignement et passe de 52% au préscolaire pour finir à moins de 40% dans le secondaire. Les mariages précoces, la situation économique et la perception de la société sur la place de la femme en sont les principales causes.

Le lamentable taux de réussite au bac couronne le tout avec 37.65% en 2019.

Ce constat chaotique traduit un système éducatif non attractif, ne prenant pas en compte les besoins des ayants droit, élitiste et inadapté au marché du travail.

L’autre enseignement à tirer c’est malgré tout l’effort consenti par l’Etat notamment en termes financiers(d’ailleurs en 2019 le budget de l’Education a augmenté de 15% en valeur absolue) et la construction d’écoles(même si on dénombre plus de 6000 abris provisoires), la blessure n’est ni soignée ni pansée! D’où la nécessité en amont d’identifier les causes racines de l’état de délabrement avancé de l’éducation nationale et d’y mettre les moyens nécessaires pour un meilleur impact!

Chers gouvernants, pour bâtir un système éducatif performant et digne de ce nom, il faudrait plus que des bâtiments et des slogans!

La voie du salut serait de faire un diagnostic du réel besoin du marché de l’emploi et adapter les formations en conséquence, récupérer les jeunes qui abandonnent le cursus classique en leur proposant des voies d’apprentissage et professionnalisantes, mettre l’accent sur la formation initiale de tous les enseignants(oui il n’y a pas de dichotomie entre l’atteinte de l’éducation pour tous et la formation des enseignants), développer les filières scientifiques, adapter le programme scolaire en prenant en compte le volet développement durable, la culture, le patriotisme, sans oublier les enjeux internationaux, développer davantage l’enseignement extra muros, bâtir un climat serein et de confiance avec les partenaires sociaux et j’en passe.

Le secteur privé pourrait aussi jouer sa partition avec une bonne dose de « perfusion sanguine » par le volet financement et accueil des apprenants!

A retenir:
La trajectoire du développement va de paire avec le capital humain, qui s’appuie sur un système éducatif adéquat!

PS: je reviendrai prochainement sur la responsabilité des enseignants par rapport à l’état de délabrement avancé de l’éducation nationale.

Abib Diop

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