Rwanda : le temps des archives

A-t-on encore beaucoup de choses à apprendre sur le génocide des Tutsi ? Dans la petite communauté des « rwandologues », les avis ont longtemps été opposés – les uns souhaitant appliquer un devoir de transparence, les autres se retranchant derrière le secret militaire –, mais un consensus est en train d’émerger en faveur d’une ouverture complète et réelle des archives disponibles. Il faut dire qu’elles sont nombreuses, car si la France et le Rwanda de 1994 ont bien un point commun, c’est le goût immodéré de leurs administrations respectives pour le papier. Dans les deux cas, les autorités civiles et militaires ont eu le réflexe de noter, de consigner et de conserver toutes leurs décisions.

Le génocide, qui fit a minima 800 000 morts en trois mois, est donc abondamment documenté, tout comme la guerre qui opposa de 1990 à 1994 les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR, à dominante tutsi, emmené par Paul Kagame) aux troupes « régulières » des Forces armées rwandaises (FAR) soutenues par la coopération militaire française.

Le Service historique de la défense dispose à lui seul de 210 cartons d’archives « provenant de plus de 40 services ou unités différents »

Côté français, le Service historique de la défense (SHD), basé au château de Vincennes, près de Paris, dispose à lui seul de 210 cartons d’archives « provenant de plus de quarante services ou unités différents ». Le recensement de ce fonds baptisé « Rwanda 1990-1998 » a été réalisé en 2007. Comme le détaille un inventaire confidentiel que Le Monde a pu consulter, il n’est, à l’époque, pas encore totalement trié mais presque complet, chaque unité ayant versé ses documents dans les délais légaux (cinq ans), à l’exception du cabinet civil de François Léotard, ministre de la défense de 1993 à 1995.

Manquent tout de même des éléments importants… « L’absence la plus notable dans cet état est cependant celle des archives de la DGSE [Direction générale de la sécurité…

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