Les fragiles progrès de l’Afrique en matière de nutrition et d’éducation

Les résultats sur la période 2000-2015 montrent que « pratiquement tous les pays africains ont fait la preuve de progrès en matière de croissance, de malnutrition et d’insuffisance pondérale, principales composantes du retard de croissance infantile, pour les enfants de moins de 5 ans », écrivent les auteurs de la première étude, Aaron Osgood-Zimmerman et ses collègues. Parmi les pays ayant particulièrement progressé dans le domaine de la croissance, l’article cite l’Algérie, le Burkina Faso, le Gabon, le Ghana, la Guinée équatoriale, le Mozambique et le sud du Nigeria. La prévalence de l’insuffisance pondérale a quant à elle notablement chuté en 2015 au Rwanda et, à un moindre degré, en Angola et en République démocratique du Congo (RDC). La RDC a également connu une énorme réduction de la malnutrition entre 2000 et 2015.

Cependant, l’article souligne des niveaux élevés de retard de croissance, de malnutrition et d’insuffisance pondérale dans quatorze des pays se trouvant dans la zone du Sahel, qui s’étend du Sénégal à l’Erythrée : de vastes zones en Ethiopie, dans le nord du Nigeria, en Somalie, au Soudan du Sud et au Tchad continuent d’afficher des niveaux élevés pour ces trois paramètres. Le nord du Nigeria, le sud du Niger, la RDC, le Zimbabwe, l’Angola et le nord du Mozambique connaissent des taux de retard de croissance se situant près, voire au-dessus de 40 %. Le taux de malnutrition infantile atteint 19 % au Burkina Faso, 20 % au Niger, 21 % au Soudan du Sud. Malgré des progrès substantiels, la province du Kasaï occidental (RDC) présente un taux d’insuffisance pondérale de 25 % en 2015.

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De plus, les auteurs tempèrent le constat globalement positif en soulignant qu’une « frappante hétérogénéité subnationale demeure pour les niveaux et les tendances de développement de l’enfant ». « Si les rythmes actuels de progrès se maintiennent, beaucoup de parties de l’Afrique atteindront les cibles mondiales de l’OMS en 2025 pour améliorer la nutrition des mères, des bébés et des enfants, mais des niveaux élevés de retard de développement perdureront à travers le Sahel. »

Ils ajoutent : « A ce rythme, une grande partie, si ce n’est tout le continent, échouera à atteindre l’objectif de développement durable d’en finir avec la malnutrition en 2030. » Un objectif dont la formulation est jugée « cliniquement vague et presque certainement inatteignable » par les auteurs. L’article précise qu’il existe encore de « vastes étendues du continent qui doivent multiplier par deux, trois, voire quatre le rythme de leurs progrès pour parvenir aux objectifs fixés par l’OMS pour 2025 ».

Les femmes ont un niveau d’éducation inférieur

En matière d’éducation, le second article, que publient Nick Graetz et ses collègues, recense de nombreuses zones du continent africain où existent de larges écarts dans le niveau d’éducation de base entre les zones urbaines et rurales. Ils citent le cas du Nigeria, où la moyenne nationale de scolarisation est de sept années en 2015, mais la finesse de résolution de leur analyse met au jour une grande différence entre le nord et le sud du pays, où les niveaux sont respectivement de deux années et dix années. Malgré cela, des pays comme le Ghana ont fait beaucoup de progrès entre 2000 et 2015.

Là encore, la région du Sahel montre des résultats peu en progrès et à des niveaux faibles en termes d’éducation, notamment dans le nord du Nigeria, au Soudan du Sud et dans le nord du Kenya. Quatre régions rurales du Tchad présentent les durées de scolarisation les plus faibles d’Afrique, avec moins de six mois.

Des disparités importantes persistent entre les hommes et les femmes. Le département de la Kabia, au Tchad, présente le fossé le plus grand entre les deux sexes : les hommes y ont près de six années de scolarisation de plus que les femmes. Dans 64 des 77 communes du Bénin, soit 86 % de la population, les hommes ont un niveau d’éducation supérieur aux femmes. Idem dans tous les districts de Guinée, de Guinée-Bissau, de Sierra Leone et du Togo. Même si cela n’est pas statistiquement significatif, une tendance est notée à de plus hauts niveaux d’éducation délivrée aux femmes en Afrique australe.

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Dans un communiqué publié par l’Université de l’Etat de Washington, Simon Hay déclare : « Les cartes ne servent pas seulement à révéler les “points chauds” de bas niveaux d’éducation et de mauvaise alimentation des enfants, mais elles mettent également le projecteur sur les communautés mettant en œuvre avec succès des programmes éducatifs et nutritionnels durant les quinze dernières années, qui sont riches d’enseignements. La santé publique de précision est un nouveau champ d’étude qui sera inestimable au cours des douze prochaines années pour aider à cibler efficacement et équitablement les ressources. »

Il faut espérer que les autorités publiques sauront s’emparer de ces nouveaux outils pour ajuster plus finement sur le terrain les politiques de santé et de développement.