Krach boursier, embellie en Italie, irruption solaire : les prévisions chocs des stratèges

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S’inspirant du concept de cygne noir, plusieurs experts de marché ont livré leur liste 2019 de prédictions en dehors du consensus. Parmi les thèmes les plus abordés figurent la croissance en Chine, le risque souverain en Italie ou encore la politique de la Fed.

Faire un pas de côté par rapport à un scénario central, en imaginant des événements «improbables mais possibles» - pour reprendre la formule de Paul Jackson chez Invesco –, est devenu une habitude chez nombre de stratèges, chaque fin ou début d’année.

Les résultats sont souvent très instructifs pour les investisseurs, car ils reflètent les points de focalisation des experts de marché.

La démarche s’inspire du fameux concept de cygne noir, événement en dehors du champ des possibles perçu par les observateurs… jusqu’à ce qu’il advienne. De l’avis de l’économiste Andrew Cates chez Nomura, le seul black swan qui s’est produit en 2018 est sans doute la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un.

Tremblement de terre sur les marchés

L’expert est pour sa part adepte du «cygne gris», qu’il décrit comme un risque connu qui finit par se matérialiser de manière bien plus violente que prévu.

Dans cette catégorie, il retient pour 2019 l’hypothèse d’un véritable tremblement de terre sur les marchés, après les simples secousses de l’an passé qu’ont été l’effondrement des devises émergentes, le pic de volatilité (Vix), la guerre commerciale, etc.

Andrew Cates fait valoir qu’il est «facile de peindre le tableau d’une crise des marchés en 2019» car la liquidité mondiale se réduit, entre remontée des taux de la Fed, retrait des mesures de QE en zone euro et au Japon, et politique de désendettement en Chine.

Il n’est pas le seul à évoquer un coup de grisou sur les marchés, à rebours d’un consensus calé sur une hausse modérée des actions cette année, dans un contexte de freinage de l’économie mondiale.

Dans sa liste de «dix surprises» potentielles pour 2019, Credit Suisse fait figurer une chute des marchés mondiaux (MSCI All Country world) de 20% en 2019 – le scénario central du courtier étant une hausse de 4%.

Credit Suisse envisage par ailleurs un ralentissement de la croissance en Chine à un niveau jamais vu depuis 1990, sous le seuil de 5% (contre une hypothèse centrale à 6,2%). L’empire du Milieu étant, cette année encore, au centre des élucubrations des stratèges.

Renaissance italienne ?

L’Italie nourrit aussi beaucoup leur imagination. Une sévère crise transalpine est envisagée par Credit Suisse comme par Saxo Bank.

Dans ses fameuses «prévisions chocs», la banque danoise campe ainsi une flambée des taux d’intérêt qui placerait l’Italie face à un mur de besoins de refinancement de 300 milliards d’euros en 2019.

Par le canal des banques européennes, la contagion s’étendrait jusqu’à la France ; au bord du gouffre, la zone euro confierait un mandat de monétisation de la dette à la BCE, pour tous les montants dépassant à 50% du PIB, précise Saxo Bank.

À l’inverse, l’hypothèse d’un rally des emprunts d’État italiens est envisagée par Paul Jackson chez Invesco - qui «ne serait pas surpris» de voir leur rendement retomber sous 2% (2,6% actuellement) – et par Andrew Cates chez Nomura.

Ce dernier trouve quantité d’atouts sous-estimés à l’Italie. Le pays affiche depuis le début des années 90 un solde budgétaire primaire (avant charge d’intérêt de la dette) peu ou prou en excédent, tandis que sa balance courante est en surplus depuis 2012.

Dernier argument en faveur d’une «renaissance italienne» : la croissance économique en 2019 pourrait être dopée, comme aux États-Unis l’an passé, par un fort stimulus fiscal.

Chute libre de la livre sterling

Autre pays très présent sur les écrans radar : le Royaume-Uni. Le scénario le plus original revient à Saxo Bank, qui imagine une chute libre de la livre sterling (jusqu’à parité avec le dollar) après la mise place de mesures chocs – revenu universel, taxe foncière très progressive…- par le nouveau Premier ministre Jeremy Corbyn.

Les travaillistes sortiraient en effet triomphants d’élections anticipées, avec la promesse d’un second referendum sur un accord de Brexit «à définir»…

Fed : stop ou encore ?

L’évolution des taux américains est également au centre des réflexions.

Sur cette question le consensus a largement viré de bord en à peine trois mois : alors qu’en octobre le marché anticipait encore deux hausses du taux directeur de la Fed en 2019, il n’en attend désormais plus aucune.

Chez Invesco, Paul Jackson prend le parti «de s’en tenir au scénario de deux hausses des taux». Le stratège voit ainsi le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans finir l’année au-delà de 3,25%.

Pour Credit Suisse, une flambée au-dessus de 3,5% pourrait être l’une des «surprises» potentielles de 2019.

Rugby, populisme et éruption solaire

Enfin, les stratèges ont été particulièrement inspirés cette année en matière de prédictions n’ayant pas directement trait à la finance.

Invesco parie que l’Angleterre sera en demi-finale de la Coupe du monde de rugby, quand Nomura explore très sérieusement l’hypothèse de la fin du populisme.

De son côté, Saxo Bank s’essaie à la science-fiction avec un scénario apocalyptique d’éruption solaire qui frapperait l’hémisphère ouest de la Terre et y sèmerait le chaos – avec des dégâts chiffrés précisément à 2.000 milliards de dollars.

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