Des profs sénégalais révisent leur français sur tablette pour mieux l ..


Six mois, sept modules

Au Sénégal, « même si le français est la langue officielle et celle qu’on apprend en classe, elle n’est pas toujours notre langue maternelle », rappelle Diène Diouf, directeur d’école à Fatick et tuteur d’Hortense Sarr. Sur 14 millions d’habitants, l’OIF estime ainsi qu’en 2014 seulement 4,3 millions étaient francophones. Dans le pays, il existe 21 langues nationales, le wolof, le peul, le mandinka et le sérère étant les seules de plus de 1 million de locuteurs. « Dans ma famille, par exemple, quand je rentre à la maison, on parle sérère, mais à l’école tout se fait en français », poursuit Diène Diouf. Dans ces conditions, difficile pour les enseignants et leurs élèves de conserver un excellent niveau de français.

Episode 27   Au Sénégal, des villageois se cotisent pour offrir un collège à leurs enfants

Un accord-cadre a donc été signé entre l’Etat et l’OIF, en novembre 2014, pour renforcer les compétences professionnelles des instituteurs. Deux académies ont été sélectionnées, celle de Kaolack et celle de Fatick, région natale du président Macky Sall. « Dans ces académies, les taux d’enseignants non titulaires du CAP [certificat d’admission pédagogique] sont particulièrement importants, explique Diène Diouf. Ils commettent des erreurs de français car ils n’ont eux-mêmes pas reçu une bonne formation, beaucoup n’ont que le certificat élémentaire d’aptitude pédagogique. Certains font des erreurs de sens courant, confondent graphèmes et phonèmes. »

Après deux ans de préparation, le projet pilote a été lancé en novembre 2016. Sur les 100 000 enseignants du Sénégal, 250 ont été choisis à Fatick, 250 autres à Kaolack. Ils ont reçu des tablettes avec une sélection d’applications d’enseignement basées sur la plateforme éducative Google Classroom. Le programme de formation dure six mois et comporte sept modules, de la maîtrise du français au développement de la communication écrite, en passant par le français appliqué aux mathématiques, à l’éducation au développement durable et à la déontologie scolaire.

« Ce n’est pas sa maîtresse ! »

Si la plupart des apprentissages sont réalisés en autonomie sur la tablette, les 20 enseignants que forme Diène Diouf se réunissent deux fois par mois pour vérifier l’acquisition des compétences. « Nous corrigeons les exercices ensemble et pouvons discuter de nos difficultés et de la façon de les surmonter », raconte Hortense Sarr. Mais, à chaque instant de la formation, les enseignants peuvent faire appel à leur tuteur via le tchat ou par téléphone.

« Je me tiens à leur disposition pour les aider dans leurs apprentissages, confirme Diène Diouf. Ça leur demande beaucoup de travail en dehors des heures de cours, le soir et le week-end, à tel point qu’on a prévenu leur conjoint. Je leur dis : “Si une femme appelle votre mari en pleine nuit, rassurez-vous, ce n’est pas sa maîtresse mais probablement sa tutrice qui exige le rendu du devoir !” »

Episode 28   A Thiès, un lycée pilote pour mieux coller au marché de l’emploi sénégalais

A la fin de l’année, les enseignants sont admissibles au concours du CAP. Si rien ne les oblige à le passer, « c’est la voie naturelle », soutient Diène Diouf : « Le diplôme apporte confiance et reconnaissance, un facteur socialement important. Sans compter que le salaire augmente en conséquence et que la formation ouvre sur d’autres concours de l’éducation nationale. » Si le projet pilote s’avère concluant, il se pourrait qu’à la rentrée 2018 l’Etat sénégalais étende progressivement l’initiative aux quatorze régions du Sénégal.