Chronique de la présidentielle par Babacar Diouf – Acte 4: Idrissa Seck, le grand perdant de l’élection.

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Il avait sérieusement préparé cette élection présidentielle. Depuis un an, il a sillonné le Sénégal et la diaspora pour galvaniser ses troupes et refaire son image auprès des militants qui lui reprochaient son absentéisme. Aux législatives, il a accepté de faire de Khalifa Sall la tête de liste nationale, ce qui était un choix bien calculé car il savait pertinemment que celui-ci ne sortirait pas de prison et au cas échéant, le soutiendrait.

Son parti Rewmi avait connu une grande saignée depuis son départ de la mouvance présidentielle avec les départs d’Oumar Guèye, de Pape Diouf, Thierno Bocoum (revenu seul lors la présidentielle sans les membres de son mouvement politique), ect.

Mais il avait réussi à regrouper derrière lui presque toute l’opposition politique, 18 des 22 candidats recalés par le Conseil Constitutionnel, des dissidents du PDS, de nombreux mouvements politiques, des « calculateurs politiques », etc. Dans ce groupe très hétérogène, il y avait: celui qu’ on considérait comme le « Khalife de Dakar »( Khalifa Sall), un ancien maire de Dakar, ancien président de l’Assemblée nationale et ténor du PDS, disposant de moyens financiers( Pape Diop ), de nombreux anciens ministres, députés, etc.

Donc, à part BBY, Idy avait la plus grande coalition de la présidentielle et beaucoup d’observateurs croyaient qu’ il pourrait atteindre 30% et amener Macky Sall au second tour. Il a réussi une campagne presque parfaite avec une grande mobilisation dans toutes les régions, une bonne communication, aucun incident majeur.

Au décompte final, il domine outrageusement ses concurrents dans les départements de Mbacké et de Thiès. A Mbacké, il bénéficie de l’électorat de Wade, du rejet de Macky et de son statut de « néo talibé mouride ». A Thiès, il conserve une bonne partie de ses fidèles et profite du soutien des candidats recalés : Thierno Alassane Sall, Cheikh Aguibou Soumaré, et d’autres mouvements comme « Jeunesse Socialiste « de Babacar Diop.

Mais son score national de 20% était trop faible pour l’amener au second tour. Ceci constitue alors son troisième échec après ceux de 2007 et 2012. Il est le grand perdant de l’élection car Madické et Issa Sall n’avaient rien à perdre, personne ne les attendait dans les trois premières places. Ousmane Sonko est à son premier essai et est très jeune, il peut encore faire trois à quatre élections présidentielles. Le cinquième candidat, Macky Sall, est le vainqueur du scrutin.

Idy est aussi le grand perdant car il lui sera impossible de maintenant cette coalition qui n’était qu’un concours de circonstance. Il est aussi peu probable qu’il réussisse encore à former une si grande coalition. Il y a aussi de faibles chances pour que le parti Rewmi redevienne ce qu’il était entre 2006 et 2007. Idy n’a pas été ridicule, il n’a pas non plus été héroïque. Les raisons de son échec son nombreuses

Son jeu de yoyo avec Wade avait fini de convaincre beaucoup de Sénégalais de l’attitude politicienne d’Idrissa. Macky Sall qui avait courageusement pris ses distances vis à vis de son mentor a été récompensé par les Sénégalais en 2012. Dans l’éventualité d’un second tour face à Macky, il pourrait perdre, car une grande partie de l’électorat de Sonko et d’Issa Sall allait s’abstenir.

Celui de premier (Sonko) est constitué de sympathisants qui ont marre de la politique politicienne, et celui du second (Issa Sall) est majoritairement composé de Moustarchidines, donc des tidianes. Ces derniers digèrent mal la reconversion confrérique d’Idrissa, s’y ajoute la distance que celui-ci a pris vis à vis du guide des Moustarchides, Serigne Moustapha Sy.

Rappelons que lors de son divorce avec Wade, il était soutenu par cette famille, à tel point que lors de ses traditionnels décryptages du lendemain du Mawloud, Serigne Moustapha avait prévenu Idy d’un bœuf noir qu’on aurait enterré, ceci, dans la cadre de la bataille mystique que des « wadistes » menaient contre lui. Mais plus tard, les relations entre Idy et Serigne Moustapha se sont détériorées.

Idy a aussi perdu l’élection en raison du faible poids de ses alliés. C’est la grande surprise car les gens pensaient que ces leaders avaient de gros poids électoraux. A Dakar, Khalifa, Pape Diop et les autres leaders n’ont pas fait la différence. Ousmane Sonko a même devancé Idy dans beaucoup de communes, à tel point qu’on a pensé un moment qu’il le devancerait au niveau national.

A Kédougou, malgré le soutien de Guirassy qui avait remporté le département lors des législatives, idy est arrivé troisième, derrière Sonko deuxième et Macky premier. Dans le sud et au nord, il a été inexistant face à Sonko et Macky. Idem dans la diaspora où ses scores sont trop faibles.

Idy n’a peut-être pas dit son dernier mot, mais face à Sonko, le jeune aux dents longs, Khalifa une fois gracié, Karim une fois amnistié, les candidats qui seront seront de l’APR (je n’ai aucun doute que ce parti sera comme le PDS), la tache sera difficile. Mais il est d’une intelligence qui pourrait lui permettre de s’en sortir.

Quand Idrissa Seck a créé son parti et l’a appelé « Rewmi », Macky Sall, premier ministre lui avait dit  » Rewmi (le pays) appartient à tout le monde, il n’est pas question qu’un parti politique soit dénommé ainsi ». Il pourrait lui dire aujourd’hui « Rewmi may borom », le pays, c’est pour moi.

A Suivre: Acte 5: Macky Sall, la victoire du sabre.

Babacar Diouf, professeur d’HG au lycée de Nguékokh