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Suspension de Média+ : Gare à l'abus de pouvoir

Le 23 juillet dernier, la Haute autorité de la communication (Hac) a infligé un mois de suspension à la chaîne de télévision basée à Port-Gentil. À la lecture des motifs, l’intelligibilité et l’acceptabilité sociale de cette décision ne sont guère établies.

Suspension de Média+ : dans la régulation, la sanction est l’exception et non la règle. © Gabonreview/Shutterstock

 

Organe de régulation ou instrument de célébration personnelle ? Voire… Sans doute, par orgueil personnel. Peut-être du fait des difficultés à trouver ses marques. En tout cas, la Haute autorité de la communication (Hac) vient de tomber dans l’abus de pouvoir. Le 23 juillet dernier, elle a infligé un mois de suspension à Média+. Motif ? Les responsables de la chaîne de télévision basée à Port-Gentil n’auraient «pas jugé nécessaire de recevoir (sa) délégation», faisant ainsi preuve d’un «manque d’égard» à son endroit (lire «Média+ suspendue»).  Est-ce bien recevable ? Même si Lucie Akalane a énoncé des dispositions juridiques pour soutenir cette décision, il y a tout de même lieu de s’interroger.

Autorégulation et intra-régulation

De fait, il faut repartir aux fondamentaux de la régulation. Entre les flux engendrés par les réseaux sociaux, les interrogations liées au traitement de l’information, les impératifs de service public, la transition vers de nouveaux outils, il faut se poser les bonnes questions. Peut-on réfléchir sereinement à la gestion de Facebook ou Whatsapp si on se sent outragé à la première foucade ? Peut-on aider à la professionnalisation des journalistes quand on s’inscrit  dans une logique répressive ? Est-ce bien une façon d’œuvrer à l’établissement de relations apaisées avec les professionnels ? L’accès du plus grand nombre à une information de qualité est-elle compatible avec une susceptibilité à fleur de peau ?

Comme de nombreuses instances de régulation, la Hac doit faire face à un double défi : l’affirmation de son indépendance et la maîtrise de son champ d’action. Désignés pour leurs accointances avec des personnalités politiques, sept de ses neuf membres sont naturellement enclins à se faire les relais d’un camp. S’ils veulent se démarquer de leurs devanciers du défunt Conseil national de la communication (CNC), ils feraient mieux de ne pas tout ramener à leurs destins personnels. Tout au long de leur mandat, ils gagneraient à s’efforcer de crédibiliser leur institution. À cet égard, l’intelligibilité et l’acceptabilité sociale de leurs décisions seront déterminantes. Au lieu de jouer les pères la morale, ils seraient mieux inspirés de promouvoir l’autorégulation. Autrement dit, ils devraient plutôt encourager les professionnels à mettre en place des organes de contrôle par les pairs.  Sur le cas précis de Média+, ils auraient dû faire appel à l’intra-régulation, c’est-à-dire à la capacité de l’entreprise à régler la question en interne.

La sanction est l’exception et non la règle

Après tout, la Hac aurait très bien pu se contenter d’une simple protestation. Cela n’aurait en rien nui à la respectabilité de ses membres. Surtout, cela lui aurait épargné des inimitiés contre-productives. Parfois, la retenue peut avoir du bon.  Nul besoin de se poser en défenseur de la presse pour le comprendre. Face aux mutations technologiques et au défi démocratique, la prépondérance des instances de régulation ne se discute pas. Sauf, bien entendu, si elles se révèlent incapables de conceptualiser un mécanisme en phase avec les exigences de notre époque. Pour tout dire, une régulation efficace allie intra-régulation, autorégulation et co-régulation. D’où la nécessité d’établir des synergies entre les salles de rédaction, les organisations corporatistes et l’ensemble des acteurs extérieurs, y compris l’opinion publique. Dans cette quête, la sanction n’est pas toujours très utile. Bien au contraire, elle est généralement source de conflits.

D’ailleurs, conformément au principe du contradictoire, Média+ aurait dû être auditionné avant toute sanction. Son mandataire social aurait pu être invité à s’expliquer. Les membres de la Hac auraient alors eu tout le plaisir de lui crier leur indignation. Certes, tout cela n’aurait pas éloigné ce parfum d’abus de pouvoir. Mais l’essentiel aurait été sauf. Le vin étant tiré, il convient de rappeler deux évidences. D’abord, la Hac est une institution au service de l’intérêt général et non un instrument à la gloire de ses membres. Ensuite, dans la régulation, la sanction est l’exception et non la règle. C’est précisément pourquoi on ne peut en user à tout bout de champ. Aux instigateurs de cette oukase de ramener la sérénité. En clair, il est de leur devoir de faire amende honorable. Et cela passe nécessairement par une rétractation.

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