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RDC : Joseph Kabila se retire de la course tout en préservant l'avenir


A la tête de la République démocratique du Congo depuis dix-sept ans, Joseph Kabila ne briguera pas un troisième mandat, qui aurait été contraire à la Constitution. Le doute a été levé quelques heures seulement avant la clôture des inscriptions pour le scrutin prévu le 23 décembre par la désignation d’un dauphin qui portera les couleurs du Front commun pour le Congo (FCC), la plate-forme créée il y a quelques semaines pour organiser les ralliements autour du pouvoir en place.

Il s’agit d’Emmanuel Ramazani Shadary, 57 ans, un pilier du régime, parvenu, il y a quelques mois, à la tête du parti de M. Kabila, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, après avoir été ministre de l’intérieur et de la sécurité. Il est, depuis mai 2017, sous le coup de sanctions de l’Union européenne (gel des avoirs financiers et restrictions à la liberté de circuler).

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Bruxelles lui reproche « un usage disproportionné de la force » et son engagement « dans la planification et la mise en œuvre d’actes qui constituent de graves violations des droits humains en RDC ». Sont visées la répression des manifestations de l’opposition en 2017 à Kinshasa mais aussi les interventions pour réduire les rébellions locales comme dans la province centrale du Kasaï, où les troubles ont entraîné le déplacement de plus de 1 million de personnes et une crise humanitaire d’une extrême gravité.

L’homme propulsé sur le devant de la scène ne faisait pas partie des favoris dont les noms circulaient ces derniers jours à Kinshasa à l’instar de l’ancien premier ministre, Augustin Matata Ponyo, apprécié des bailleurs étrangers ou du président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku. « C’est le choix du président et de lui seul », assure André-Alain Atundu, le porte-parole de la majorité présidentielle.

« Un soldat du parti »

« Le président a reçu séparément chacune des quatorze formations de la majorité et leur a demandé de lui proposer dans le secret quatre noms de personnalités pouvant représenter le Front commun pour le Congo, explique-t-il. Puis, il s’est retiré dans la solitude de sa responsabilité morale et il a pris sa décision. »

Ce choix constitue en tout cas une solution « rassurante pour Joseph Kabila et son entourage », selon Christoph Vogel, chercheur à l’université de Zurich et spécialiste de l’Afrique centrale : « Emmanuel Ramazani est considéré comme un soldat du parti qui contrairement à d’autres n’a jamais été suspecté de double jeu. S’il arrive au pouvoir, le risque qu’il remette en cause les privilèges des caciques du régime à la manière du nouveau premier ministre en Ethiopie apparaît faible. Les sanctions internationales, dont il fait l’objet l’inciteront d’autant plus à être loyal. »

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L’opposition s’est aussitôt réjouie du retrait de Joseph Kabila, arraché de haute lutte dix-neuf mois après l’expiration officielle de son second mandat fin 2016. « Il a fini par céder aux pressions venues de toutes parts, du peuple congolais, de nos voisins, de la communauté internationale. Mais nous n’accepterons pas des élections qui ne soient pas crédibles », prévient Martin Fayulu, président du parti EciDé (Engagement pour la citoyenneté et le développement) et candidat à la présidentielle.

Depuis plusieurs mois, au nom de la stabilité régionale, un intense ballet diplomatique conduit par l’Angola et l’Afrique du Sud, s’était déployé autour du président pour le convaincre de quitter le pouvoir.

Points de contentieux

Vingt-cinq hommes et une femme se sont présentés pour la course à la présidence. Sur la liste figurent Félix Tshisekedi, le fils de l’opposant historique Etienne Tshisekedi décédé en février 2017 ; l’ancien président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe ; ou encore l’ancien chef de guerre Jean-Pierre Bemba, acquitté en juin par la Cour pénale internationale des accusations de crimes de guerre et de crime contre l’humanité et dont la libération a bousculé le paysage électoral.

Les principaux acteurs de l’opposition ont annoncé leur intention de se rassembler en vue d’une candidature unique

Toujours sénateur et patron du Mouvement de libération du Congo, son absence du pays pendant plus de dix ans ne semble pas avoir entamé sa popularité auprès de ses partisans qui ont accueilli son retour par des manifestations de liesse le 1er août. En revanche, en dépit des appels de l’Eglise catholique et de l’Union africaine qui en des termes diplomatiques a appelé à une élection « inclusive », l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, en exil depuis 2016, s’est vu empêché de rentrer sur le territoire pour déposer sa candidature à temps.

Dans la perspective d’un scrutin à un tour, ces principaux acteurs de l’opposition ont annoncé leur intention de se rassembler en vue d’une candidature unique, sans laquelle une victoire parait bien plus incertaine mais qui semble très hypothétique au regard des ambitions personnelles.

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Ils réclament « des mesures de décrispation politique » par la libération des militants emprisonnés au cours des deux dernières années ou le retour de ceux contraints à l’exil. La validation du fichier électoral et l’utilisation de machines à voter à la fiabilité très controversée demeurent deux points de contentieux importants.

Mercredi 8 août, Joseph Kabila est resté, comme à son habitude, silencieux. Mais ceux qui l’observent prennent garde de ne pas proclamer trop vite sa retraite. Il disposera d’un statut de sénateur à vie et s’est aménagé un poste de président à la tête de son parti qui laisse penser qu’à 47 ans, il considère certainement qu’il n’entend pas disparaître de l’échiquier politique congolais.

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