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Nigeria : Amnesty met en cause l'inaction de l'armée après l ..


Amnesty International accuse l’armée nigériane d’avoir ignoré les mises en garde répétées sur les mouvements de combattants de Boko Haram dans l’Etat de Yobe, quelques heures avant et après l’enlèvement de 110 jeunes filles dans leur école de Dapchi, dans un rapport publié mardi 20 mars. Ce drame s’est déroulé dans des circonstances quasi-identiques au kidnapping de Chibok, en avril 2014, où plus de 200 lycéennes ont été enlevées.

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Quelques jours après l’enlèvement de Dapchi, le président Muhammadu Buhari l’a qualifié de « désastre national », et a assuré faire tout ce qui est en son pouvoir pour les libérer, notamment à travers des négociations. Mais, comme pour Chibok il y a quatre ans, l’organisation de défense des droits de l’Homme assure que les forces militaires avaient été alertées sur la présence de groupes djihadistes lourdement armés dans les environs et qu’elles ne sont pourtant pas intervenues.

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Dans les deux cas, les autorités nigérianes ont reconnu l’incident après plusieurs jours de silence et de cafouillage médiatique. « Visiblement, aucune leçon n’a été tirée » de Chibok, écrit Osa Ojigho, directrice d’Amnesty pour le Nigeria, qui dénonce des « manquements sécuritaires inexcusables ».

« Une enquête doit être ouverte pour déterminer les erreurs du gouvernement dans la gestion de cette crise. Il est crucial de comprendre les racines du problème. »

« Pourquoi n’y avait-il pas de présence militaire suffisante ? », s’interroge-t-elle alors que le nord-est du pays est toujours en proie aux violences. « Quelles mesures ont été prises [depuis Chibok] pour protéger les écoles dans cette région du Nigeria ? Quelles procédures faut-il adopter si un tel événement se reproduit ? ».

Des témoignages de responsables et habitants

Selon Amnesty, les services de sécurité ont reçu au moins cinq appels l’après-midi de l’attaque, prévenant que des combattants étaient en route pour Dapchi, une petite ville au nord de l’Etat de Yobe. Des résidents ont notamment vu passer une cinquantaine d’insurgés, à bord de neuf véhicules, à 30 kilomètres de leur cible.

Les combattants sont arrivés à Dapchi aux environs de 18 h 30, où ils se sont rendus directement dans le pensionnat de l’école, avant de quitter les lieux aux alentours de 20 heures. Ils se sont ensuite rendus, avec leurs captives, à Gumsa où d’autres résidents ont donné l’alerte vers 21 heures.

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L’ONG se base sur les témoignages de 23 personnes et trois responsables en charge de la sécurité anonymes basés à Geidam, non loin de la frontière avec le Niger. D’après les informations récoltées par Amnesty, les commandants militaires basés dans les villes voisines de Geidam – à une heure de route de Dapchi – et Damaturu ont également été informés au moment de l’attaque. « Les villageois de Dapchi et Gumsa ont expliqué qu’un avion militaire est arrivé une heure après le départ des combattants », selon le rapport.

Une promesse en suspens

Le président Buhari élu en 2015 sur la promesse qu’il allait vaincre Boko Haram, ne cesse de répéter que l’insurrection est « techniquement vaincue », mais cet enlèvement, ainsi que l’attaque sur un camp de déplacés à Rann, qui a coûté la vie à trois employés nigérians des Nations unies quelques semaines plus tard, met en lumière les graves défaillances sécuritaires dans tout le nord-est.

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La lutte contre Boko Haram dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché » en haoussa, la langue la plus parlée dans le nord du Nigeria, a fait plus de 20 000 morts et 1,6 million de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer. Le groupe a enlevé des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants depuis 2009, afin de grossir ses rangs.

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