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Grève des régies financières : Mvou-Ossialas s'explique

En grève depuis une semaine, les syndicats des régies financières ont été reçus par le ministre du Budget le 9 octobre à Libreville. Joint au téléphone par Gabonreview, le président la Confédération des syndicats des régies financières et administrations assimilées (Cosyref) revient sur les enjeux de cette réunion, non sans répondre à ses détracteurs.

Wilfried Erisco Mvou-Ossialas (polo rouge) lors de la séance de travail avec le ministre du Budget, le 9 octobre 2018 à Libreville. © Gabonreview

 

Gabonreview : Que retenir de votre rencontre avec le ministre du Budget le 9 octobre à Libreville ?

Wilfried Erisco Mvou-Ossialas : Le ministre a bien voulu nous recevoir pour tâter le pouls et savoir de quoi il s’agit exactement. Nous lui avons rappelé les points inscrits dans notre cahier des charges et qui nous ont conduit à la présente grève. Celle-ci s’articule autour de six points : la revendication du cadre juridique des primes versées aux agents des régies financières et des agents des administrations assimilées ; l’harmonisation des grilles de paiement ; la régularisation des situations administratives ; la publication des résultats de l’audit des effectifs et des primes opérés au sein des régies financières et les administrations assimilées ; les dates de paiement telles que contenues dans les principes fondamentaux des négociations entamées avec le gouvernement entre septembre 2017 et septembre 2018. Nous voulons également la clarification de l’agence judiciaire de l’Etat, dont les rumeurs avancent que cette institutions serait désarmais rattachée à la présidence de la République avec une diminution des effectifs et donc, la possibilité de licenciements.

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Que vous a répondu le ministre par rapport à ces différentes revendications ?

Par rapport à ces points de revendications, la ministre a botté en touche dans un premier temps. Il nous a notamment parlé du paiement des primes censé être fait depuis trois jours, évoquant simplement un retard à l’allumage. La prime du mois de septembre des agents des régies financières devait être payée au plus tard le 28, qui constituait pour nous le dernier jour ouvrable du mois. Or, le paiement a été décalé au 10 octobre, ce qui fait qu’il y a un dépassement. Par ailleurs, il y avait des fonds disponibles pour nous payer à la date du 28 septembre, mais le gouvernement a fait le choix de privilégier le paiement du franc électoral avec l’organisation des élections.

A ce niveau, le ministre nous a fait comprendre que la responsabilité ne lui incombait pas, mais plutôt aux collecteurs (impôts et douanes) qui n’ont pas respecté les engagements pris. A la date de paiement de nos primes, les collecteurs devaient verser certaines recettes qui devaient parvenir au Budget. Du coup, le ministre a été incapable d’honorer l’engagement du paiement des primes. Qu’à cela ne tienne, nous avons rappelé au ministre que le point d’achoppement de notre grève n’était pas le paiement des primes parce que, pour nous, c’est un acquis. Ce nous réclamons prioritairement, c’est le respect et la régularité des dates de paiement.

Au niveau de l’agence judiciaire de l’Etat, le ministre nous a fait savoir qu’il y a certes une réflexion sur la transformation ou le rattachement à la présidence de cette institution ; mais qu’il n’agira qu’en présence d’un document officiel actant cette procédure. Qu’à cela ne tienne, le ministre nous a rassuré que la priorité du gouvernement est de faire en sorte que l’agence judiciaire de l’Etat fonctionne de manière optimale : être efficace dans les procès intentés contre l’Etat, car celui-ci est toujours perdant chaque fois qu’il est poursuivi en justice. Cela découle du fait que l’agence ne dispose pas de ressources suffisantes et d’un personnel qualifié.

S’agissant de la publication des résultats de l’audit, le ministre s’est dit disposé mais attend que les secrétaires généraux lui apportent les rapports de l’audit des effectifs et des primes. Car le ministère du Budget ayant financé cet audit, le ministre a estimé normal d’être en droit d’en attendre les résultats. Ces résultats sont actuellement en possession de Kalima Jeannot, président du comité technique des négociations entre le gouvernement et les partenaires sociaux.

En ce qui concerne les points sur la revendication du cadre juridique des primes versés aux agents des régies financières et des agents des administrations assimilées, l’harmonisation des grilles de paiement, la régularisation des situations administratives. Le ministre nous a convié à une réunion le 11 octobre. Une rencontre à l’issue de laquelle seront prises des mesures en rapport avec les principales revendications.

En retour, le ministre nous a demandé de suspendre notre mouvement de grève, estimant que la rencontre avec lui constituait le début des pourparlers. Nous lui avons répondu que nous n’étions que le porte-parole d’une base. Celle-ci a décidé à l’issue d’une assemblée générale tenue ce 10 octobre, que la grève se poursuit jusqu’à l’effectivité de la rencontre prévue le 11 octobre. D’ici là, le mouvement est maintenu.

A combien s’élève le montant des primes qui vous sont dues ?

A l’issue d’une séance de travail à la présidence de la République en septembre 2017, le gouvernement et les régies financières s’étaient accordés sur un montant de 45 milliards de francs CFA. Mais le pays étant en difficulté, nous avons accepté de revoir cette dette à la baisse à 16,5 milliards de francs CFA, qui devaient être payés sur 18 mois. A l’heure actuelle, nous n’avons pas toujours été payés selon les accords de principes convenus avec le gouvernement, à raison de 750 millions de francs CFA chaque fin de mois, censés être versés en même temps que les primes. Malheureusement, le versement n’est pas régulier, l’administration n’a pas tenu parole. Nous attendons toujours d’être payés.

Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que vous bloquez l’économie avec vous mouvement d’humeur, alors que vous faites partie de «la caste» la mieux payée du pays ?

Ceux qui le disent ne connaissent pas le fond du problème. C’est un mouvement de grève qui date en réalité de 2014. En 2015, il y a eu la mise en place du nouveau système de rémunération qui a engendré des inégalités et plus de problèmes qu’il n’en a résolu. Il s’agit notamment du blocage des carrières depuis 2015. Par ailleurs, les agents autres que ceux des régies financières ont été heureux de constater l’intégration de leurs primes dans les salaires. Alors, lorsqu’on se bat pour le paiement des primes des autres fonctionnaires, alors que les nôtres ne sont pas payées ; que l’on demande toujours aux régies financières de faire des efforts à chaque fois que le pays éprouve des difficultés financières, et que nous le faisons ; dire que nous bloquons l’économie, c’est faire preuve de mauvaise foi, c’est de la sorcellerie.

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