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Au Rwanda, des hommes enseignent la « masculinité positive »

Yvette Ishimwe a grandi dans cette société où tout semble possible. A 22 ans, elle dirige une entreprise de traitement des eaux, Iriba Water Group, qu’elle a créée en 2015. Sa société extrait de l’eau dans l’est du pays et l’achemine jusque dans les foyers. La jeune Rwandaise évoque son prochain projet avec entrain : garantir de l’eau courante potable dans les hôpitaux et les écoles. « Nous ne sommes pas une ONG mais une entreprise sociale rentable », tient-elle à préciser. Yvette Ishimwe se préoccupe davantage de l’image de l’Afrique et du Rwanda que de celle des femmes. « On nous perçoit trop souvent comme vulnérables. J’aimerais montrer que nous sommes capables de développer nos propres solutions. » Elle incarne une génération née sur les cendres du génocide mais braquée vers l’avenir.

« Je serai la risée de mes voisins »

Retour au village de Gashenyi. Les esprits s’échauffent dans la petite salle de classe. « Nous allons aux champs comme les hommes le matin. Pourquoi alors peuvent-ils aller boire des bières et se reposer toute l’après-midi, tandis que nous devons rentrer à maison pour faire le ménage ? », lance une femme, provoquant un brouhaha dans la salle. « Je ne peux pas laver les bébés, c’est impossible ! », s’exclame un homme. Son voisin résume ainsi le problème : « Ce sont les femmes qui vont chercher de l’eau au puits. Si je le fais moi-même, je serai la risée de mes voisins. Les autres hommes me diront que ma femme m’a jeté un sort pour me rendre obéissant. »

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Betty travaille pour un salaire d’environ 240 euros par mois dans un coffee shop de Kigali qui n’emploie que du café produit par des femmes. Avant, elle-même vivait de la culture d’un petit lopin de terre qu’elle possédait dans le district de Nyagatare, dans l’est du Rwanda. Mère célibataire d’un fils de 7 ans, elle rêve de gagner un concours de barmaid qui aura lieu en 2019 dans son pays. « Les femmes ont été colonisées par les hommes et ont dû s’en libérer, dit-elle en riant. Aujourd’hui, elles peuvent conduire des remorques ou être pilotes. »

Après 1994, ce pays où tout était à reconstruire a attiré une vague d’immigration de la diaspora, attirée par les nouvelles opportunités. Parmi elles, Sonia Kubwinama. Elle avait 25 ans lorsqu’elle est revenue, après avoir achevé ses études d’économie au Congo. Elle commence à travailler dans la filiale locale d’Heineken, Bralirwa. Après vingt-et-un ans de carrière, elle a décidé de reprendre l’entreprise de ses parents, Kinunu, qui produit du café et travaille avec 50 % de femmes. « Au Rwanda, c’est plus facile pour les femmes que dans d’autres pays africains. La grande majorité de la population accepte leur ascension car cela a un impact positif sur l’économie du pays. »

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