Après la mission du 04 décembre : Et la souveraineté nationale ?

0
281

Le déplacement d’une délégation comprenant le vice-président de la République, le Premier ministre et la présidente de la Cour Constitutionnelle revêt de lourds enjeux. Il suggère des interrogations sur  l’indépendance nationale et la capacité de nos institutions à ne pas céder aux  considérations partisanes ou privées.

Sauf à réduire l’action publique à la protection d’intérêts partisans et privés, on ne peut se satisfaire d’une éventuelle délocalisation du siège du pouvoir politique. © Gabonreview/Capture d’écran

 

C’est le principal développement de l’actualité de ces derniers jours : une délégation comprenant le vice-président de la République, le Premier ministre et la présidente de la Cour Constitutionnelle s’est rendue au chevet du président de la République le 04 décembre courant (lire «Mborantsuo au chevet d’Ali Bongo»). Sans minimiser l’information sur la réalité de l’état de santé d’Ali Bongo (lire «Ali Bongo en vie»), ce déplacement revêt de lourds enjeux politiques et institutionnels. Il appelle des précisions sur les convenances diplomatiques. Il suggère des interrogations sur la souveraineté nationale. Sans grandiloquence aucune, l’indépendance nationale est désormais questionnée. Il en va de même pour la capacité de nos institutions à défendre l’intérêt national sans céder aux considérations partisanes ou privées.

Mise sous tutelle

Loin de tout procès d’intention mais sans naïveté aucune, il faut rappeler le contexte. Parti du Gabon le 23 octobre dernier, Ali Bongo devait prendre part au Future Investment Initiative (FII), organisé à Riyad par le Public Investment Fund of Saudi Arabia (PIF). À ce titre, il était l’invité officiel de l’Arabie saoudite. Or, depuis le 25 octobre 2018 et le tweet dévastateur de la journaliste du Washington Post, Siobhan A’Fraidy, ce partenaire du Gabon a très peu communiqué sur l’état de santé de son hôte. Si son agence de presse a assuré le service minimum (lire «Ali Bongo hospitalisé en Arabie-saoudite»), aucune autorité publique n’a pris la peine de s’exprimer. Ni les organisateurs du forum, ni les dirigeants du fonds souverain saoudien encore moins le gouvernement de la puissante invitante n’ont songé à clarifier la situation. Même s’il est fait état de la présence d’officiels lors du transfèrement pour Rabat, on était loin de la délicatesse propre à la diplomatie. Pourtant promptes à faire la leçon en interne, nos institutions n’ont curieusement pas eu le cran d’exiger un meilleur traitement. Sur ce coup, elles ont, pour ainsi dire, abdiqué toute souveraineté.

Dans la gestion de l’épisode marocain, il faudra tenir compte de cet antécédent. Certes, Mohammed VI et Ali Bongo sont réputés proches. Sinon très proches. Certains parlent même d’une amitié d’enfance. A la manière de leurs paternels, ils semblent s’apprécier. En tout cas, ils se fréquentent. Et de façon régulière. Certes, cette relation personnelle a fortement contribué à structurer la coopération bilatérale. N’empêche, la souveraineté nationale ne peut s’effacer devant des accointances. Gouverner depuis Rabat donnerait le sentiment d’une mise sous tutelle. Déjà, l’Union nationale n’a pas manqué de dénoncer «les risques d’ingérence de puissances étrangères dans les affaires intérieures du Gabon» (lire «Nouvelles mises en garde de l’Union nationale»). Dans la même veine, usant d’une question rhétorique, notre confrère La Lettre du continent s’est permis de décrire le souverain marocain comme «le nouveau régent d’Ali Bongo». De là à présenter le Gabon comme un protectorat marocain, la ligne pourrait vite être franchie.

Délocalisation du siège du pouvoir politique

Sauf à réduire l’action publique à la protection d’intérêts partisans et privés, on ne peut se satisfaire d’une éventuelle délocalisation du siège du pouvoir politique. A moins de jouer aux compradors des temps modernes, on ne peut envisager son établissement hors du territoire national. Dans les relations internationales, la défense de la souveraineté est un combat de tous les instants. N’en déplaise aux gogos de tout poil, les États, les organisations internationales comme les entreprises multinationales poursuivent des intérêts propres. Peu importent la densité des liens, chacun voit midi à sa porte. Sur le potentiel socio-économique, l’ordonnancement institutionnel ou les lois, des spécificités existent. Chauvinisme mis à part, certaines questions doivent se traiter en interne, entre personnalités ou forces sociales directement concernées. Ce sera, de toute façon, le défi des semaines à venir.

Le président de la République étant officiellement à Rabat pour une convalescence, nos institutions auraient grand tort de se comporter comme face aux Saoudiens. Du pays d’accueil, elles doivent exiger une communication officielle et claire. Elles doivent tout autant faire montre de transparence et de précision vis-à-vis du peuple gabonais. Surtout, elles doivent refuser tout mélange des genres, l’objectif étant de garantir la protection de certains dossiers engageant l’avenir du pays. Sauf, bien entendu, à œuvrer à la reconnaissance d’un «régent», venu du Maroc ou d’une toute autre puissance.

Partager :

Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Skype(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquer pour imprimer(ouvre dans une nouvelle fenêtre)